mardi 14 mars 2017

"Capacité européenne de réaction d’urgence ": il manque des abris de fortune et des canadairs


C’est le signal lancé par la Commission européenne dans son rapport sur l’état d’avancement de la "Capacité européenne de réaction d’urgence", c’est-à-dire la ressource de l’UE pour parer aux crises et aux catastrophes.
Le rapport qu’elle vient de rendre public conclut qu’un grand nombre d’objectifs dits de "capacité", à savoir les buts fixés pour se doter de moyens mutualisés pour assurer une réponse efficace en cas d’urgence, ont été remplis.
Il n’existe d’ailleurs aucun déficit dans la capacité globale de l’UE de réagir. Mais certaines défaillances sont apparues.
La Commission a identifié 2 déficits significatifs pouvant se révéler graves : les avions destinés à la lutte contre les feux de forêt et les abris de fortune.

De quoi parle-t-on ?

La capacité européenne de réaction d’urgence a été créée en 2013 dans le cadre du mécanisme de protection civile de l’Union (MPCU) en vue d’améliorer le niveau de préparation des systèmes de protection civile au sein de l’Union.
Pour la première fois, les États participant au MPCU peuvent mettre à disposition une série de ressources d'intervention d'urgence en vue d’un déploiement immédiat dans le cadre d’opérations de l’UE.
La capacité européenne de réaction d’urgence (European Emergency Response Capacity, EERC) a été créée afin de préparer l’Union européenne à faire face à une multitude de catastrophes potentielles.
Elle est constituée de différentes ressources de protection civile, que les États participant au mécanisme de protection civile de l’Union mettent à disposition pour des opérations de réaction d’urgence de l’UE.
La capacité européenne de réaction d’urgence s’est traduite par le passage d’un système de coordination relativement réactif et ad hoc à une organisation plus prévisible, programmée à l’avance et cohérente de la réaction de l’UE en cas de catastrophe.

Où en est-on ?

Depuis la mise en place de la capacité européenne de réaction d’urgence, 16 États participants, dont la France, ont engagé 77 ressources (par exemple, des équipes de recherche et de sauvetage, des équipes médicales, des systèmes de purification de l’eau, etc.), qui sont aujourd’hui disponibles pour des opérations de l’Union dans le monde entier.
Un grand nombre d’objectifs de la capacité européenne de réaction d’urgence, ou «objectifs de capacité», ont donc été atteints d’après la Commission.
Au cours de ses deux premières années d’existence, la capacité européenne de réaction d’urgence a été utilisée avec succès pour faire face à la crise Ebola en Afrique de l’Ouest (2014), aux feux de forêts en Grèce (2015), aux feux de forêts à Chypre, en France et au Portugal (2016), au tremblement de terre en Équateur (2016), à l’épidémie de fièvre jaune en République démocratique du Congo (2016) et à l’ouragan Matthew en Haïti (2016).
Le rapport conclut qu’il n’existe aucun déficit dans la capacité globale de l’UE de réagir. Il convient toutefois d’observer que les ressources en dehors de la capacité européenne de réaction d’urgence fournissent moins de garanties quant à leur disponibilité et à leur qualité que les ressources enregistrées dans la capacité européenne de réaction d’urgence.
Les modules enregistrés doivent être aptes à se mettre en route/être opérationnels dans le pays touché dans un nombre déterminé d’heures et doivent se soumettre à une procédure de certification qui comprend l’examen de documents, une formation et des exercices.
Les ressources en dehors de la capacité européenne de réaction d’urgence ne fournissent pas les mêmes garanties.

Les avions de lutte contre les feux de forêts : un déficit à combler 

L’objectif de capacité initial de la capacité européenne de réaction d’urgence en ce qui concerne les modules de lutte contre les feux de forêts au moyen d’avions a été fixé à 2 modules. La France a par la suite enregistré un module.
En outre, la Commission a cofinancé un aéronef de lutte contre les feux de forêts exploité par l’Italie. Néanmoins, les événements survenus au cours de l’été 2016 - et en particulier les feux de forêts au Portugal - ont montré qu’il était nécessaire sur le plan opérationnel et important d’un point de vue politique de disposer d’un plus grand nombre d’avions.

Les abris de fortune : un autre déficit à combler

L’objectif de capacité de la capacité européenne de réaction d’urgence en ce qui concerne les abris est de 2 camps temporaires d’urgence, 100 unités de capacité d’abri supplémentaire et 6 kits d'abri supplémentaires.
Il n’existe toutefois actuellement aucun camp temporaire d’urgence, et 1 seule unité de capacité d'abri supplémentaire est enregistrée dans la capacité européenne de réaction d’urgence.
Or, au cours de la crise des réfugiés/crise migratoire en Europe, les stocks publics ont été rapidement épuisés et au plus fort de la crise.

La capacité de mobiliser rapidement une assistance massive sous forme d’abris est cruciale dans toute une série de scénarios prévus dans les profils de risque des États participants.
Une assistance mutuelle volontaire sur une base ad hoc n'est peut-être pas le moyen le plus efficace et le plus rentable de garantir l’accès à ces capacités, en particulier lorsque celles-ci sont requises par plusieurs États participants au même moment.
La Commission a par conséquent recensé les abris et l'assistance correspondante comme étant un déficit significatif potentiel, et les États participants sont invités à engager des discussions sur la meilleure façon d’y remédier.

Les ressources en cas de catastrophe CBRN : des capacités à recenser

L’Union européenne doit être suffisamment équipée pour faire face aux catastrophes CBRN (chimiques, biologiques, radiologiques et nucléaires).
La récente escalade des activités terroristes en Europe et autour de celle-ci pourrait justifier un réexamen futur des objectifs de capacité dans le domaine des catastrophes CBRN.

Il n’existe actuellement pas de capacité suffisante enregistrée dans la capacité européenne de réaction d’urgence qui puisse être utilisée dans le cadre d’opérations de recherche et de sauvetage en milieu contaminé. Il n’existe actuellement pas non plus de capacité suffisante qui permette de réagir à des incidents nécessitant la décontamination de patients exposés à des agents CBRN. Toutefois, les États participants ont informé la Commission que des ressources suffisantes sont disponibles en dehors de la capacité européenne de réaction d’urgence.

Les drones et les équipes de communication : des capacités également à recenser


La capacité européenne de réaction d’urgence présente un déficit en ce qui concerne les équipes ou plates-formes de communication pour le rétablissement rapide des communications dans les régions reculées. Toutefois, certains États participants possèdent de telles ressources sans l’avoir explicitement indiqué aux fins du présent rapport.
En conséquence, des informations complémentaires seraient nécessaires en ce qui concerne la disponibilité de ce type de ressource.

Il en est de même pour les drones qui sont un exemple d’innovation. Certains États participants en utilisent déjà dans des opérations de protection civile nationales et internationales, mais ces systèmes ont jusqu’à présent rarement été utilisés dans le cadre de missions européennes de protection civile, et aucun drone n’a été enregistrée dans La capacité européenne de réaction d’urgence.

Le Corps médical européen : un dispositif à améliorer


La crise Ebola a rappelé la nécessité de développer davantage les capacités européennes pour remédier aux conséquences sanitaires des catastrophes.
Des travaux en ce sens sont en cours dans le cadre du Corps médical européen, qui rassemble l’ensemble des équipes et modules médicaux et de santé publique au sein de la capacité européenne de réaction d’urgence.

Cependant, les objectifs de capacité du Corps médical européen n’ont pas encore été suffisamment définis. Par exemple, il n’existe toujours pas d’objectifs clairs concernant les équipes médicales d’urgence.

En ce qui concerne les ressources liées à l’évacuation médicale, un certain nombre d’avions et d’hélicoptères sont disponibles à l’intérieur et en dehors de la capacité européenne de réaction d’urgence. Cependant, le risque d’événements catastrophiques entraînant un grand nombre de victimes plaide en faveur d’une augmentation du nombre de ressources disponibles.

Et où va-t-on ?

Il reste donc des déficits en ce qui concerne les canadairs et les abris de fortune. Une analyse plus approfondie est nécessaire dans certains domaines pour évaluer s’il existe d’autres déficits : a) les équipes de recherche et de sauvetage en milieu urbain en situation de risques CBRN ainsi que les équipes de décontamination CBRN, b) les hôpitaux de campagne et les capacités d’évacuation médicale, c) les drones et les équipes de communication.

La Commission propose que les États participants remédient de plusieurs manières aux déficits subsistants pour lesquels aucune capacité n’est disponible au niveau national, par exemple ou encore en encourageant des recherches supplémentaires sur le sujet.
Les objectifs de capacité doivent être réexaminés au moins tous les 2 ans, et le 1er réexamen commencera déjà en 2017. Cet exercice peut conduire à la définition de nouveaux objectifs de capacité.


synthèse du texte par Pierre Berthelet alias securiteinterieure.fr


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